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Démocratie sans liberté | Ibrahima BAH Démocratie sans liberté

Démocratie sans liberté

Sans aller jusqu'à dresser un bilan, sans qu'il soit nécessaire d'invoquer ici tous les chiffres ou de citer tous les exemples, je suis sûr d'avoir exprimer ce que tout africain ressent : ce multipartisme a fait des ravages en Afrique. La démocratie ne se fait pas dans la pagaille, car elle est dangereuse si tous les ingrédients ne sont pas respectés. Ces ingrédients s'appellent souveraineté, indépendance, légitimité, liberté, état de droit, etc...Donc un peuple, qui ne cherche pas d'abord à conquérir sa liberté, doit rester à sa place, c'est à dire dans la dépendance, dans l'exploitation ou la soumission et, surtout, dans l'indignité ou l'esclavage. Mais pourquoi, diable, la démocratie en Afrique, alors que tous les Etats, ou presque, dépendent politiquement et économiquement de l'extérieur ?

1° Politiquement, le bilan de la démocratie entreprise, il y a près de onze ans, es décevant. Sans parler des milliers et des milliers de morts, la démocratie n'a pas fait de sérieux progrés, c'est à dire irreversible. On assiste au contraire, à la remise en cause de ce qui semblait acquis. Ceux qui sont demeurés au pouvoir ou viennent d'y accéder prennent leurs précautions, ici et là, en Afrique de l'Ouest comme en Afrique Centrale, on réaménage le code et les listes électoraux pour exclure du vote, au nom de la loi ou de divverses procédures. Par exemple, Henri Konan Bédié, Président de la Côte d'Ivoire a exclu Alassane Dramane Ouatara, au nom de l'Ivoirité. Ayant eu trop peur "sorti" du pouvoir les "maintenus" verrouillent toutes les issues. Ils s'attaquent aux règles du jeu elles-mêmes. Que reste-il de la démocratie ? Rien.Tout se passe comme si les dictatures africaines, qu'on croyait en voie de disparition, font mieux pour durer. Par exemple, Sassou Nguesso du Congo Brazzaville, aidé par la France et sa multinationale Elf Aquitaine, a repris le pouvoir dans son pays par les armes. Il a dégagé "sauvagement" un Pascal Lissouba, un Président démocratiquement élu. Où est la démocratie en Afrique? Où est la souveraineté? Où est l'indépendance? Où est la légitimité du peuple congolais. Il est certain que cette. Cette démocratie, pour nous Africains, ne nous menera nulle part

. 2° économiquement : comme la politique, l'économie exige son indépendance. Considérons l'instrument de mesure par excelence: la monaie. Plusieurs pays africains, une vingtaine, à l'instar de la République démocratique du Congo(ancien Zaïre), n'ont plus de monnaie digne de ce nom. Au Maghreb, les monnaies se sont ajustées progressivement par rapport au franc français, elles ont perdu cinquante pour cent de leur valeur, voire plus, mais l'ont fait sur plusieurs années: retraite en bon ordre, dévaluation sans douleur. Dans la zone franc, un exemple unique de coopération entre une ancienne métropole et une partie de ses anciennes colonies, le franc CFA(le franc de la communauté financière africaine). Six années après sa dévaluation, les Etats, qui composent cette zone, ne s'en sont pas remis. Leurs responsables et ceux qui, de l'extérieur, ont imposé l'opération, parlent beaucoup de réussite. Mais a-t-on jamais entendu un chirurgien dire que l'opération qu'il vient de pratiquer a échoué? Les Africains eux, en tout cas, savent qu'ils souffrent. Le mieux qu'on leur annonce concerne les chiffres macroéconomique, pas(encore) leur vie quotidienne, tant s'en faut. Les institutions de cette zone franc ne sont rien d'autre que des avatars d'organismes coloniaux, le FMI, la Banque mondiale, la Caisse Centrale de la France d'Outre-mer, le F.I.D.E.S. et la F.D.O.M. Ces derniers virent le jour en 1931 et continuent aujourd'hui encore à fonctionner dans une logique purement et simplement coloniale.

Bien loin de favoriser les Africains, elle favorisent la République française. Donc, les richesses africaines nourrissent, aujourd'hui encore, l'ancienne métropole. Donc, la zone franc est le simple prolongement de la colonisaion française en Afrique. Les pays, qui ont compris cela, se sont retirés dès la fin de leur souveraineté; les pays du Maghreb et la Guinée de Sékou Touré. La Mauritanie et le Madagascar attendirent en 1973 pour la quitter à leur tour. Quant au Mali, qui s'en était séparé en 1962, supplia d'y être admis. Et pourtant, j'ai un respect profond à Alpha Omar Konaré, le Président Malien, qui ressemble à Thomas Sankara. Mais la Mali doit avoir des circonstances atténuantes; la division de l'Afrique, c'est à dire la Conférence ou la "Sauvagerie" de Berlin, n'a pas souri ce pays. En effet, le Mali est aujourd'hui étranglé par un enclavement géopolitique et politique qui lui interdit tout développement, en raison d'insolubres problèmes de transports et de frontières douanières qui l'assaillent. Toutes ses importations ou exportations se font, en effet, en direction des ports de la façade maritime. Des milliers et des milliers de kms doivent être parcourus et plusieurs frontières franchies, des frontières de sang et de malheur(n'est-ce pas un crime contre l'humanité ?), d'où des coûts que l'économie malienne ne peut supporter. Mais le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Niger, le Sénégal, le Togo, le Cameroun, le Gabon, le Congo Brazzaville, la Guinée-Equatoriale, la République Centrafricaine, le Tchad, les Comores que j'en sais encore. Tous ces Etats, que leurs peuples me pardonnent, méritent-ils de fêter leurs indépendances nationales ? Dans ces conditions, d'une réalité absolue, comment peut-on parler de démocratie en Afrique? Où est l'état de droit ? C'est regrettable pour nous Africains. Lutter pour conquérir notre indépendance ne doit être, en aucun cas, un tabou, c'est une réalité.

Afrique, mon Afrique. Africains, ouvrons nos yeux, nos oreilles, notre esprit et défendons-nous pour pouvoir progresser. Cessons d'être des somnambules ou des "cadavres ambulants" et apportons nos humbles réflexions, notre imagination, notre concours dans l'activité qui nous entoure. La recette est simple: unité vivante, effort de chacun pourque notre collectivité vive et se défende. Il faut s'y déplacer les yeux ouverts. Démocratie, liberté et développement sont des mots qui connaissent une belle fortune. Ils servent tellement que nous, Africains, les déformons. Nous les déformons tellement, que ces trois mots deviennent impossible en Afrique. C'est une dérive considérable des intellectuels africains. L'étymologie du mot démocratie est claire et limpide: le pouvoir du peuple, pour le peuple, rien que pour le peuple. On dévinera qu'il ne s'agit pas de copier ce qui se fait ailleurs. La démocratie est une belle guerre idéologique(et non une guerre fraticide) entre acteurs qui, de la vie politique, économique et sociale d'un pays, ne partagent pas la même façon de gérer la chose publique. La démocratie est une culture qui appartient à une société civile d'un pays libre et indépendant. Chaque peuple a sa propre culture.

Mais quand un Occidental entend parler de culture africaine, il sort sa mitraillette. Chaque peuple a sa propre façon de faire, et la société civile, qui s'y bâtira, ne sera jamais la copie d'une autre. Donc, la démocratie ne s'impose pas , ne se copie pas, ne se triche pas. A chaque peuple de la créer, de la recréer, de l'inventer de la réinventer, en respectant les droits des individus, la justice indépendante et les libertés fondamentales. Cette démocratie est liée à tout jamais à la liberté qui est avant tout un principe de la légitimité. Ce principe est lié à la modernité. C'est pourquoi, on ne peut pas dissocier la liberté et le développement économique. Donc, ces deux éléments, la liberté et le développement économique sont liés comme le sont les poules et les oeufs. Sans oeufs, nous n'aurons pas de poules, et sans poules, nous n'aurons plutôt plus d'oeufs. Ces deux éléments, fondamentaux, constituent ce qu'on appelle aujourd'hui la démocratie politique. Mais cette démocratie, en tant que telle, est revendiquée aujourd'hui par tous les intellectuels africains, dont les Etats ne sont ni libres, ni indépendants. Pire encore, les peuples, divisés et pris dans la nasse, n'ont aucune légitimité. Et, Nos intellectuels, par opportunisme politique et ambition personnelle, participent à cette mascarade. C'est indigne pour nous Africains.

Le message essentiel est que, contrairement aux autres démocraties, dont les peuples ont une certaine légitimité, dont l'ONU(Organisation des Nations Unies) ne supervvise pas leurs élections, et en dépit de ce que l'Occident aimerait nous faire croire, il n' y aura jamais de démocratie en Afrique sans l'unité réelle de nos peuples. Les intellectuels africains continuent à parler de démocratie. C'est impensable. Si nous ne changeons pas, nous serons comptables devant l'Histoire. Certes, cette Histoire ne nous a pas aidés par les éléments du passé, car nos ancêtres ont été déportés, divisés, manipulés et colonisés pour des faux problèmes. L'envahisseur nous a rendus sourds, muets et aveugles de notre propre culture et de notre propre civilisation, car le devoir du colon était celui de nous "civiliser", comme des êtres inférieurs. Mais, nos ancêtres, eux, n'ont-ils pas de circonstances atténuantes ? Certes, car ils étaient coupables d'innoncence. Serons-nous, nous aussi, coupables d'innoncence? Non, nous n'avons pas le droit de faillir. Donc, il faut redéfinir ces frontières tracées par le colon. Il faut aussi avoir de vraies nationalités qui nous appartiennent, car nous ne sommes ni des Malgaches, ni des Guinéens, ni des Sénégalais etc ...nous n'avons qu'une seule culture et qu'une seule civilisation. Donc, nous formons une nation et une seule, celle de l'Afrique. Nous avons aussi une seule d'Identité. Donc un seul passeport.

Mais en demeure de la démocratie. Une démocratie imposée par François Mietterand, conditionnée par l'Occident, où l'indépendance et l'unité réelle des Africains sont mises en cause. La souveraineté, c'est la liberté de faire la loi chez soi, ce qui n'est pas le cas de nos Etats divisés. En demeure aussi de la liberté. Une liberté que tout africain et que personne n'a jamais vécue. Voilà qurante ans que nous sommes soit-disant indépendants mais, malheureusement, nous avons exploité ces indépendances pour en faire un esclavage moderne. Un esclavage nourri par notre mésentente, par notre manque de solidarité politique et, surtout, par des structures politico-ethniques. Quant au développement, il est lié à tout jamais à la démocratie et à la liberté, c'est à dire de faire la loi chez soi d'abord. Le développement économique est lié aussi à la croissance. Qu'est-ce que la croissance? C'es celle qu'on appelait autrefois mise en valeur ou progrès. Elle est une clef du développement: routes, mines, chemins de fer, établissements scolaires, usine, téléphone, ponts, hôpitaux, etc...c'est quantifiable et, il n'y a pas mille manières de construire puis d'entretenir des routes, des mines, ainsi de suite. Pour ce développement, nous attendons moins de notre effort d'une aide extérieure.

La liberté se mérite, et nous avons peur de mourir pou elle. Le progrès se sue, et nous ne voulons pas transpirer. Ce sont des vérités déplaisantes. Aussi changeant de discours, on parlera de la Banque mondiale, du FMI, du club de Paris et celui de Londres. Les fonctionnaires de ces différentes institutions harcèlent nos esprits, manipulent nos sentiments, gaspillent notre existence, tout devient machinal, uniformr, conditionné. Notre vie s'est transformée en une course dans un monde sans mesure, dominé par les Occidentaux où se précipitent hommes et femmes avec les appétits et peurs qu'on leur fabrique. Mais avec quelle espérance ? Chaque africain, ou presque, récuse l'engrenage et dit : "Il faut que cela change". Mais cédons-nous à la fatalité ou à la facilité ? Et pourtant, étape par étape, il faut que nous aussi, nou apprenions à avancer, en fixant chaque fois l'objectif à atteindre et les moyens de nos ambitions : le choix de l'action la plus unie, la plus claire, la plus ample, la plus déterminée, doit être le choix de la raison et de l'efficacité.

On tente de nous faire croire que la démocratie imposée de l'extérieur serait aujourd'hui la seule planche de salut pour l'Afrique, c'est une formidable imposture. On tente de nous faire croire aussi qu'il existe une entité supême appelée "Marchés" à laquelle, il faudrait que nous nous soummettions, parce qu'elle représenterait l'état naturel de notre société. C'est un mensonge, un esclavage de l'esprit. Les marchés ont un visage, c'est celui de l'oligarchie, de la Banque mondiale et du FMI. C'est un véritable crime de l'esprit. L'Afrique, sa culture et sa civilisation sont des réalités vivantes. Pourquoi devrions-nous, tout le temps, accepter que d'autres pays décident de notre destin à notre place ? Prétendre démocratise nos Etats, fabriqués par les Européens, sans leur unité, est une tromperie. Donc, il n y a pas de répit à espérer; laisser faire, ce serait se condamner à voir nos sociétés devenir de plus en plus dures, violentes et impitoyables. Mais, il n y a pas de fatalité à cette évolution : il faut donc encourager une véritable unité des peuples d'Afrique.

Demain ne sera pas comme avant, nous le disons souvent mais, sans combattre. Si nous ne prenons pas, tous ensemble, l'avenir de notre continent, en responsabilisant les populations civiles, en rejetatn ces frontières qui ne nous appartiennent pas. Si nous n'allons vers l'entente de nos Etats divisés pour nous dominer, il est à craindre pour l'avenir de nos peuples et la survie de nos Etats. Donc, l'unité, c'est notre seule et unique liberté. Elle est le respect de notre dignité et celui de nos souverainetés. L'unité, c'est la paix en Afrique, pour avoir de quoi manger, de se vêtir et de loger. Elle est la seule réalité possible. Il n' y a pas d'autre alternative. Il est en tout cas vain de nier cette réalité ou d'en avoir peur, parce qu'elle nous dérange. Toute action ensemble, pour nous africains, est un produit de la liberté. Nous savons pértinemment que nous vivons dans un monde inhumain, un jungle, où la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Si nous restons divisés, nous vivrons toujours dans l'indignité totale. Nous resterons sourds et muets aux différents évènements qui nous concernent. Donc, faisons une preuve de courage, de sensibilité, de dignité, de maturité, car nous ne sommes plus des enfants maintenant, afin d'unir nos peuples qui souffrent de plus en plus. Ces peuples, unis, seront assez forts pour se défendre et, porqu'on peuisse entendre notre voix sur la scène internationale. Il faut unir nos peuples pourqu'ils puissent réclamer aux détenteurs actuels un partage de l'économie mondiale. Une chose est sûre et certaine : la démocratie, sans notre unité, courira droit à l'échec, car on ne peut pas redresser une économie à l'aube du XXIème siècle aux dépens des libertés fondamentales. C'est à la fois surprenant au regard de l'Histoire et inexplicable au regard de la logique. Donc, l'Afrique est composée d'Etats-nations qui sont maintenant dépassés. Nous avons des Etats et non des Nations. Qu'est ce qu'une nation ? Un territoire; une autorité gouvernementale et, surtout, une population ayant la même culture, la même civilisation et une histoire commune. C'est ça une nation, c'es ça l'Afrique.

Quant à la démocratie, elle n'existe pas en Afrique. Donc, arrêtons de changer de discours par opportunisme politique ou ambitions personnelles. Nous savons très bien que c'est la liberté que nous devons apprendre à conquérir, mais pas la démocratie. Car, celle-ci de naîtra pas d'une résolution adoptée dans une conférence néocoloniale, comme ce "Sommet de la Baule", où la France de Mitterand a fait semblant de croire qu'on pouvait obliger un peuple à devenir démocrate du jour au lendemain, alors que sa dignité est piétinée. La démocratie est une réalité qui doit se conquérir à l'intérieur de l'Afrique par les Africains eux-mêmes, et pas autrement.

Ibrahima BAH